Rencontre avec Matthias Dierckens, le manager de la performance fédérale, qui nous présente les différents pôles de performance mis à disposition des jeunes talents et insiste sur la qualité de notre système de détection des meilleurs potentiels dès la catégorie U14. Alors, si ton projet est de tenter d’atteindre le haut niveau international… cet article est pour toi !
Mathias, quels sont les objectifs des différents pôles performance ?
Matthias Dierckens : L’objectif des pôles est de former des athlètes, en vue d’intégrer les équipes nationales de jeunes, et à terme les équipes de France A ; tout en menant à bien un double projet sportif et scolaire. Nous disposons aujourd’hui de parcours dans les 4 pôles suivants :
Wattignies Pôle U16 et U18 féminin
Wattignies Pôle U16 Garçons
Chatenay-Malabry Pôle U18 et U21 Garçons
Comment se déroule le processus de d’intégration dans les Pôles U16 ?
Matthias : Notre détection des jeunes talents se fait actuellement, pas uniquement mais en grande partie sur les Inter Ligues U14 que la DTN organise depuis plusieurs années lors des vacances de la Toussaint. Mais nous nous appuyons également sur un processus partagé d’observation et d’évaluation des potentiels, un bon réseau et un maillage d’identification des athlètes prometteurs sur l’ensemble de la France. En effet, toutes les ligues ne sont pas toutes présentes lors de cette compétition et il peut arriver que certains athlètes soient absents car blessés ou indisponibles. Donc, l’équipe technique multiplie les contacts avec les entraîneurs de clubs et de ligues et se déplacent sur site (stages inter-régionaux, journées PACA/Aquitaine, etc) et supervisent les championnats de club. Et puis les candidatures spontanées sont possibles, elles sont toutes étudiées, contrôlées et maitrisées. Grâce à tout cela, il est très rare que nous passions à côté d’un(e) athlète au profil intéressant.
Le recrutement est-il difficile ?
Mathias : Non, aujourd’hui les sportifs qui intègrent ou sortent de nos pôles sont notre meilleure publicité. Nous maintenons un niveau d’exigence élevé à l’entrée comme à la sortie. Nous n’avons pas à ‘’faire du remplissage’’ sur nos Pôles. Au contraire nous sommes régulièrement contraints de refuser des athlètes intéressants car les potentiels les plus prometteurs ont déjà pris toutes les places. Il y a encore 5-6 ans, nous devions parfois passer beaucoup de temps à essayer de convaincre des athlètes et leurs familles de rejoindre un pôle. Aujourd’hui, cela se fait beaucoup plus vite car le bien-fondé de la valeur ajoutée des pôles par rapport à un environnement uniquement club est reconnu.
Est-il possible cependant de rester dans son club ?
Mathias : Oui, bien sûr, passer par un Pôle n’est pas une obligation, il convient essentiellement de proposer au jeune athlète un environnement optimal pour lui permettre de développer toutes ses qualités. Pour certains ça sera le Pôle + le club, pour d’autres, uniquement le club leur conviendra mieux.
Il y a des exemples récents d’épanouissement sportif réussi chez des athlètes aujourd’hui en France A comme celui de Gaspard Denis ou de Gaspard Xavier qui ont développé leur projet d’atteinte du haut niveau en dehors des pôles, dans leur club et leur famille ! Pour cela, il faut qu’ils soient bien entourés et bien encadrés dans un club capable d’assurer un haut niveau d’entraînement. Ce n’est pas forcément le cas partout. C’est principalement cet environnement qu’il faut bien évaluer pour l’accompagnement optimal d’un jeune potentiel. Ensuite, on peut toujours se demander si ces profils uniquement passés par les clubs ne seraient pas encore plus forts s’ils avaient suivi nos filières ? Dans tous les cas, clubs et Pôles ne sont pas à mettre en opposition. Au contraire ils se complètent !
Comment se passe la vie en Pôle ?
Mathias : Hébergés dans les CREPS (Wattignies pour les Hauts de France et Chatenay-Malabry pour l’Île de France), les polistes sont majoritairement mineurs, ils sont en internat du lundi au vendredi midi et à la disposition de leur club en fin de semaine et weekend. En dehors de leur vie scolaire et universitaire, rappelons la réussite de 100% au brevet et au baccalauréat ces dernières années (Pôle féminin au CREPS de Wattignies), les polistes suivent un entraînement de hockey de 1h30 à 2h00 par jour, bénéficient de 5 à 6 heures de préparation physique par semaine et de séances de préparation mentale. Notre objectif est de proposer un environnement optimal autour du jeune athlète comme au CREPS de Chatenay où tout se déroule dans un rayon de 100 mètres autour du bâtiment principal (les cours, les entrainements bi-quotidiens, les chambres, le suivi diététique et les repas, la vie de groupe, etc). Il y a une moyenne de 16 polistes par catégories d’âge.
Quels sont les indicateurs de réussite de ces filières ?
Mathias : En plus des résultats scolaires très satisfaisants, nous mesurons la réussite des cette organisation en regard de la proportion des joueurs (ses) polistes présents (es) dans les différents collectifs France. Notons ainsi que 15 athlètes polistes faisaient partie de la liste des 18 joueurs sélectionnés pour l’EuroHockey U18 qui s’est déroulé à Lille en juillet 2025, avec en plus une belle performance à la clé (Finaliste, vice-champion d’Europe). C’est un marqueur fort de l’impact du Pôle sur la progression des athlètes et la performance de l’Équipe de France. Les générations performantes en U21 et arrivant en Équipe de France A sont désormais dans l’immense majorité passées par les différents pôles France avec entre 3 et 6 années de présence.
Tout ceci ne peut fonctionner qu’avec un encadrement qualifié et compétent ?
Mathias : Bien évidemment et nous menons un important travail pour renforcer l’ensemble des compétences requises à chacun des niveaux. Nous voulons continuer à monter en puissance sur la formation des entraîneurs, tant dans les clubs que sur nos équipes nationales. L’encadrement 2025/2026 :
CREPS Wattignies
Valentin MIGNEAU, Coordonateur / entraîneur Pôle U16 masculin
Guillaume QUIEVY, Coordonateur / entraîneur Pôle U16-U18 féminin
Ivan OLIVA BAENA / entraîneur des gardiens
CREPS Châtenay-Malabry
Nicolas JAQUET, Coordonateur / entraîneur Pôle U18 masculin
Bruno MICHIELSSEN / entraineur intervenant sur le Pôle U21
Fabien TORNABENE, Entraîneur Pôles U18 et U21 masculin
Matthias DIERCKENS, Coordonateur/e entraîneur Pôle U21 masculin
Peux-tu nous parler de l’importance de la préparation physique ?
Mathias : Oui, bien sûr, c’est même un point très important. Au niveau international, nous voyons bien que les différences se font sur le plan physique : vitesse d’exécution, changement de direction, capacité à renouveler les efforts… Je te propose d’en discuter avec Pablo Barnier, le préparateur physique du Pôle féminin à Wattignies.
Pablo, comment se déroule préparation physique du pôle féminin ?
Pablo : Elle est totalement intégrée à notre programme hebdomadaire et se décompose en 3 séances hebdomadaires : 2 heures le mardi orientée musculation – 2 heures le mercredi orientée musculation et terrain (appui, cardio…) et enfin 1 heure le jeudi basée sur la vitesse de course et les changements de direction. Un gros programme que nous réalisons pendant les périodes scolaires et qui correspond à la moitié de l’activité sportive des participantes. Hors présence au CREPS, chaque fille dispose d’un plan de préparation physique à suivre, en relation avec son club et son encadrement.
Quel cursus de formation as-tu suivi ?
Pablo : La licence STAPS à Orléans, suivie d’un master entraînement et optimisation de la performance à Lille. Et, depuis 3 ans au Pôle, je suis encore des formations spécifiques chaque année. C’est un métier qui me passionne.
Es-tu en charge de la préparation physique d’un collectif France ?
Pablo : Oui, je m’occupe des U21 Filles avec lesquelles nous allons jouer la coupe d’Europe U21 à Salon cet été. J’y retrouve avec plaisir des athlètes dont je m’étais occupé au CREPS les années précédentes. J’effectue d’ailleurs beaucoup de suivi à distance en leur planifiant des séances d’entraînement à distance, individuelles et adaptées à chaque situation. Je suis en relation permanente avec chacune, via une application digitale. Et je suis aussi en contact permanent avec les clubs et les entraîneurs nationaux. C’est un véritable travail d’équipe !
Encadré
Le projet scolaire avant tout
L’emploi du temps journalier type :
Entraînement tôt le matin (7h55), puis cours
Déjeuner à midi puis Récupération
Reprise des cours puis entraînement
Dîner suivi d’un temps d’étude (ou de soutien scolaire/rattrapage
Yasmina Zairi est responsable du Pôle scolarité pré Bac au CREPS de Chatenay : « Avec mon collègue post Bac, nous sommes très attentifs au projet et à la réussite scolaire de chaque ‘poliste ‘. Mon rôle consiste à accompagner chacun d’entre eux dans les aménagements d’emploi du temps et d’éventuels examens ou rattrapages(1), dans les différents contrôles (présence, justificatif d’absences…) et l’organisation de cours de soutien quand cela apparaît nécessaire. En pré Bac (3 années de lycée en filière générale), les professeurs du lycée voisin se déplacent au CREPS(2), ce qui apporte un confort supplémentaire aux élèves qui sont au maximum 15/16 par matière et, parfois même 2 ou 3 lorsqu’il s’agit de spécialités ! Côté résultats scolaires, nous sommes au top avec 100% de réussite au Bac. De quoi rassurer les parents qui se poseraient encore des questions sur la qualité de la scolarité proposée aux polistes !
(1) Les polistes U18 qui ont participé à la Coupe du monde U21 en décembre 2025 ont tous systématiquement rattrapé les cours manquants dans les mois suivants.
(2) une étude récente a démontré que le poliste gagne 180h00 de récupération chaque année vs ceux qui se déplacent au Lycée.
Pour en savoir plus :
https://www.ffhockey.org/performance/structures-de-performance/filiere-masculine.html
https://www.ffhockey.org/performance/structures-de-performance/filiere-feminine.html
Article rédigé par Eric Delemazure
Jeudi 25 Juin 2026

