Après plus de 15 ans et 125 sélections sous le maillot des Bleues, la capitaine de l’équipe de France Emma Ponthieu a annoncé sa retraite internationale lors du tournoi qualificatif au Chili début mars 2026. Entre souvenirs marquants, évolution du hockey féminin et nouveaux projets, elle revient avec sincérité sur cette décision.
Emma, pourquoi avoir décidé de mettre un terme à ta carrière internationale ?
C’est une décision qui a mûri après les Jeux olympiques de Paris. Pendant toute cette période, il y avait énormément d’attentes, d’émotions, d’objectifs… et une fois que c’est passé, tout est un peu retombé d’un coup. Il y avait moins d’entraînements, beaucoup de joueuses ont arrêté, un changement de staff, une nouvelle équipe à construire et une dynamique à retrouver… J’ai toujours voulu m’investir a 100 % et j’ai senti que c’était le bon moment pour penser un peu à moi, à ma carrière professionnelle et à ma famille aussi, qui a toujours été essentielle et qui m’a beaucoup soutenue dans ce choix.
Revenons justement sur tes débuts et sur ta famille. Comment tout a commencé pour toi J’ai commencé très jeune, à 3 ans, au Lille Hockey Club. J’ai grandi dans une famille de sportifs : mon père jouait au hockey, ma mère faisait de la natation, et mes frères aussi sont hockeyeurs. Le numéro 4, c’est un héritage familial.
(Emma, Théophile et Jules Ponthieu)
Ma famille est très importante pour moi. Ils me soutiennent dans les bons et les mauvais moments. Ils étaient là pour partager les victoires, les souvenirs incroyables mais aussi pour me remonter le moral après les défaites. Mon frère se levait même la nuit depuis le Brésil pour regarder mes matchs !
Mes proches ont aussi joué un rôle crucial dans ma décision d’arrêter. Ils m’ont permis de me poser les bonnes questions et de me conforter dans ma décision car ils me connaissent et savent ce dont j’ai besoin.
Tu te souviens de ta première sélection ?
Oui, forcément. C’était en 2014 en Uruguay chez les A, puis en 2015 en World League. On était une équipe jeune, en construction. Je ne pensais pas forcément faire une carrière aussi longue à ce moment-là, mais tout s’est enchaîné parfaitement et sans blessure !
Quels sont les moments les plus marquants de ta carrière ?
Les Jeux olympiques de Paris, clairement. Jouer le premier match contre les Pays-Bas, entendre la Marseillaise devant autant de supporters… c’était incroyable. Il y a aussi le titre mondial en Pologne en 2025, la Nations Cup II, qui est un trophée important pour une nouvelle équipe en Post JO. Et enfin la finale de la coupe d’Europe à Prague en 2021, ce résultat nous permet d’entrer dans le top 25 mondial et donc de nous qualifier « officiellement » pour les Jeux, c’était historique.
Cette qualification aux JO était un rêve pour toi ?
Oui, je pense que pour n’importe quel sportif, faire les Jeux Olympiques c’est un rêve, particulièrement à la maison, dans son pays. Mais rien n’était donné, même en étant pays hôte, il fallait aller chercher cette qualification. On était un groupe très soudé, avec des filles avec qui je jouais depuis toute petite, comme Inès Lardeur. On a grandi ensemble, depuis le baby hockey à 3 ans, et vivre ça, c’était unique. On sera à jamais les premières.
(Jeux Olympiques Paris 2024 / Stade Yves du Manoir, Colombes)
Tu as longtemps porté le brassard de capitaine. Que représentait ce rôle pour toi ?
C’était une immense responsabilité et surtout une grande fierté. Être capitaine, ce n’est pas seulement représenter l’équipe sur le terrain, c’est aussi être un relais, une porte-parole. J’ai essayé d’apporter du calme, du sang-froid, de la sérénité sur et en dehors du terrain.
Je remercie vraiment mes coachs, Gael, Nicolas et aussi Carole la manager qui m’ont fait confiance dès le début. Ils ont joué un rôle très important dans ma carrière en équipe de France, sentir la confiance et le soutient de mon staff m’a permis de prendre confiance en moi, d’évoluer. Être capitaine d’une équipe (joueuses et staff) comme ça, ça m’a donné envie de me battre, de ne jamais lâcher et de travailler dur pour être meilleure chaque jour.
Tu as fait le choix de partir évoluer en Belgique. Qu’est-ce que cela t’a apporté ?
J’ai décidé de partir jouer en Belgique en 2017, je suis d’abord passée par le White Star pendant 5 ans, puis le Royal Racing Club de Bruxelles depuis 4 ans maintenant. Chaque étape m’a construite et m’a fait évoluer. Le championnat belge est reconnu pour son niveau élevé, son intensité et sa structuration très professionnelle, que ce soit dans l’organisation, les entraînements ou les matchs. Pour beaucoup de joueuses c’est une opportunité intéressante pour se confronter à un environnement très exigeant et continuer à franchir des paliers pour servir le hockey Français.
Ça m’a fait progresser dans tous les aspects de mon jeu, j’ai vraiment trouvé ce que je cherchais.
Comment vois-tu l’évolution de l’équipe de France féminine ?
Je suis très optimiste. L’équipe a énormément évolué ces dernières années, nous sommes passées de la 32ème à la 16ème place aujourd’hui. C’est la plus forte progression de ces 10 dernières années avec la Chine ! La fédération a fait un gros travail pour gommer les différences entre les équipes de France Masculines et Féminines. Par exemple dans la préparation des JO nous avons eu exactement le même nombre de jours de stage que les hommes et c’est toujours le cas aujourd’hui. On a vraiment constaté l’évolution et c’est très positif pour le hockey féminin.
Avec le nouveau staff, Ben et Lucas, c’est un nouveau cycle qui démarre. L’équipe est entre de bonnes mains, prête à répondre aux exigences du haut niveau je suis sûre que les filles performeront dans les années à venir.
Comment as-tu vécu ta fin de carrière avec les Bleues ?
Très bien, sincèrement. L’équipe m’a réservé une belle surprise au Chili, c’était très émouvant. Je suis reconnaissante pour tous ces moments partagés. J’étais avec mes coéquipières, mes copines, des filles avec qui j’ai vécu mes plus beaux souvenirs. Honnêtement je n’aurai pas pu rêver une meilleure façon de finir ma carrière,
(Dernier match au TQ Chili / Mars 2026)
Tu es devenue un modèle pour beaucoup de jeunes joueuses, est-ce que tu arrives à en prendre conscience ?
Petit à petit, c’est une grande fierté. J’ai reçu beaucoup de messages de jeunes filles qui s’identifient à moi, ça me fait quand même bizarre. Si j’ai pu inspirer, même un peu, c’est une réussite.
Pour te donner une anecdote, lors d’un des premiers stages avec le nouveau staff fin 2025, nous avions fait un exercice de team building / team spirit, et j’étais dans le même groupe que Violette qui vient d’intégrer le groupe. On a beaucoup parlé, et me rendre compte qu’elle m’a toujours connue en tant que capitaine des Bleues, qu’elle voulait atteindre l’équipe de France et que j’étais moi aussi de Lille, c’est sûr que c’est une grande fierté, donc oui, petit à petit, je prends conscience de ça.
Et maintenant, quels sont tes projets ?
Je vais continuer à jouer à haut niveau en Belgique, où je viens de devenir capitaine dans mon club. Et en parallèle, je vais me consacrer davantage à ma carrière professionnelle. Je suis psychomotricienne, diplômée depuis 2018, et j’ai envie de m’investir dans mon travail, de créer du lien, d’aider les gens, et peut-être aussi faire le lien entre sport de haut niveau et accompagnement des patients. C’est mon nouvel objectif !
La reconversion n’est pas toujours évidente, mais il faut le temps de trouver son nouveau rythme.
Un dernier mot pour conclure ?
Je suis simplement reconnaissante. Pour l’équipe, pour tout ce qu’on a vécu ensemble, pour le hockey. Cette aventure m’a construite, et restera la plus belle aventure de ma vie.
Témoignages :
Mathilde PETRIAUX (Ex-gardienne de l’équipe de France et vice-présidente de la fédération) : « Emma incarne bien plus qu’une coéquipière pour moi. Nous avons commencé l’aventure en équipe de France ensemble en 2013, chez les moins de 18 ans, et j’ai eu la chance de partager plus de 150 sélections — si ce n’est davantage — à ses côtés.
Au fil des années, notre relation de joueuses s’est construite dans les moments forts comme dans les plus exigeants, avec une véritable confiance mutuelle sur le terrain.
Elle représente aujourd’hui énormément pour le hockey féminin, bien au-delà du terrain. C’est une figure qui a marqué son époque par son engagement, son exemplarité et la constance de ses performances au plus haut niveau.
C’est une capitaine capable de donner confiance, de rassurer dans les moments clés et d’élever le niveau d’exigence autour d’elle. Elle montre l’exemple par son attitude, son engagement et son humilité.
Au nom de la Fédération, nous ne pouvons que la remercier d’avoir été la capitaine de cette équipe de France olympique, en portant ce groupe avec engagement, responsabilité et fierté.»
(Emma et Mathilde / Jeux Olympiques Paris 2024)
Carole Teffri (Manager France A de 2017 à 2025) : « Emma, c’est refermer un chapitre fait d’engagement, de sacrifices et de fierté. Tout au long de son parcours, elle s’est mise au service du collectif avec une implication totale. Toujours présente pour le groupe, elle a su porter les valeurs du maillot avec exigence, générosité et détermination. Son investissement, aussi bien sur le terrain qu’en dehors, a marqué cette génération. Au-delà des performances, c’est une joueuse et une capitaine profondément engagée, qui aura contribué à faire grandir l’équipe, à fédérer et à transmettre. Au-delà de la joueuse, il y a la personne, entre nous, une relation forte et sincère s’est construite, basée sur une vraie confiance. Son départ laisse forcément un vide, mais aussi un héritage fort, fait de travail, de solidarité et de passion. »
Nicolas Jaquet (Entraineur T2 France A et 2017 à 2025) : « Emma a marqué le hockey féminin français par ses résultats sportifs, mais aussi par son engagement de tous les instants. Elle restera notamment la première capitaine de l’équipe de France féminine aux Jeux Olympiques. Tout au long de sa carrière, elle a toujours montré un état d’esprit irréprochable et un grand dévouement. Elle doit être une source d’inspiration pour de nombreuses jeunes joueuses qui souhaitent faire du hockey de haut niveau. Je lui souhaite beaucoup de bonheur et de réussite pour la suite. »
Gaël Foulard (Entraineur T1 France A et 2017 à 2025) : « Il y a des carrières qui marquent par leurs résultats… et d’autres qui marquent profondément par la trace humaine qu’elles laissent. Emma fait partie de ces athlètes rares, de celles qui élèvent un collectif bien au-delà du terrain et qui marquent un entraîneur à vie. C’est mon cas !
Au fil des années en équipe de France, elle a incarné bien plus qu’un rôle ou une fonction : elle a été une référence. Une référence d’engagement, d’exigence, de constance. Une joueuse capable de répondre présente dans les moments clés, mais surtout une femme capable d’inspirer durablement celles et ceux qui ont eu la chance de jouer à ses côtés.
Son parcours est le reflet d’une valeur devenue précieuse dans le sport de haut niveau : la cohérence. Cohérence entre ce qu’elle disait, ce qu’elle faisait, et ce qu’elle transmettait. Toujours tournée vers le collectif, toujours au service du projet, avec cette humilité et cette élégance qui forcent le respect.
Emma a porté le brassard de capitaine pendant 10 ans, par son leadership naturel, elle a été l’incarnation d’un un projet fort, ambitieux et a su naturellement fédérer des générations de joueuses, les guidant vers l’excellence et leur transmettre cet amour du maillot qui la caractérise tant.
Au-delà de l’athlète, Emma a été un pilier de vestiaire, une joueuse sur laquelle on pouvait s’appuyer dans toutes les situations. Une compétitrice lucide, exigeante, mais profondément humaine. Ce sont ces profils qui construisent les cultures de performance sur le long terme.
Pour ma part, ce fut bien plus qu’une simple collaboration avec la joueuse et la capitaine. Ce fut une véritable chance, et un privilège sincère, de l’avoir eue sous ma direction. Accompagner une athlète de cette qualité, avec cette capacité à s’engager pleinement dans un projet collectif, est une richesse rare dans une carrière d’entraîneur.
Aujourd’hui, elle tourne une page, mais l’empreinte qu’elle laisse dans le hockey français restera durable. Les générations futures bénéficieront de l’héritage qu’elle a contribué à construire.»
Publié le 1 Mai 2026

