Dans la peau, ou dans la tête

 

Dans le staff de Dabang Mumbai, immersion en terre indienne avec Axel Guignard (CTS Midi-Pyrénées et analyste Video Equipe de France de Hockey), dans la peau d'un « espion » de l’image pour produire de la performance, boosté par tout ce qu’il a en tête ! 

 
En arrivant ici, la découverte de méthodes de travail différentes de ce que je peux connaitre avec les bleus constituait l’élément le plus motivant pour moi ... 
... Au cœur d’une compétition où le hockey est mis en avant dans toute sa beauté... notre passion ne peut que se renforcer, notre motivation pour que notre sport jouisse de plus de reconnaissance en France en sort grandit !

 

 

Est-ce que ça pique autant qu’on l’imagine ? Et surtout digères-tu bien ton nouveau cadre ?

L’Inde c’est un autre continent, un autre monde si éloigné par certains aspects de notre quotidien métropolitain. J’en avais déjà eu un aperçu lors de mes deux premières venues à Delhi à l’occasion du TQO en 2012 et de la Coupe du Monde Junior en 2013. Le décalage horaire (+4,5 h) on s’y fait vite, la vie dans les grands hôtels pas de souci.. ! En revanche il a fallu vite m’habituer à vivre 100 % en anglais et à une alimentation et des règles d’hygiènes strictes.
J’ai été accueilli très chaleureusement par les indiens qui gèrent l’équipe. Les premiers contacts, déjà amorcés par mails, ont été très sympathiques. J’ai eu un très bon feeling dès le début. Jamais une seconde j’ai regretté mon choix et suis donc arrivé en Inde plus motivé que jamais pour vivre une expérience professionnelle et humaine très riche.
Si le fait de se retrouver dans un environnement quasi inconnu peut faire peur, je l’ai appréhendé comme un booster. Vivre dans un nouveau pays si différent, aussi longtemps (quasi 2 mois), avec des joueurs et des entraîneurs de différentes nationalités dont je ne connais que le nom sur le papier, sont les éléments qui ont attisé ma curiosité, ma motivation et ainsi rendu la digestion de mon nouveau cadre de vie très facile.

 

Plus sérieusement, comment t’es-tu retrouvé recruté dans le staff de Dabang Mumbai ?

Le réseau. Comme dans tous les milieux les relations que nous pouvons nouer au fil des années et des compétitions sont essentielles. Cette mission a été offerte à mon homologue sur l’équipe de Nouvelle Zélande Hommes. Etant en très bons termes et ne pouvant honorer personnellement cette offre il m’a demandé si j’étais intéressé et disponible avant de communiquer mes coordonnées aux indiens en charge de la franchise. Sur le principe c’est avec beaucoup d’envie que j’ai accueilli la nouvelle mais il fallait avant tout que cette mission longue s’inscrive dans le cadre de mon temps de travail. Je remercie infiniment Bertrand Reynaud (DTN) et mon Directeur Régional de m’avoir autorisé à postuler pour cette mission. Je remercie encore mes élus de la Région Midi-Pyrénées pour leur compréhension et l’acceptation de la contrainte locale liée à une absence longue.
Les raisons de cette acceptation sont multiples. Contribuer à ma formation au contact d’entraîneurs et de joueurs de haut-niveau mais bien sûr parler également du hockey français et de nos joueurs afin de peut-être faciliter leur venue pour les prochaines saisons sur l’Indian Hockey Ligue (IHL).
Administrativement et personnellement tout était donc possible. Les indiens propriétaires de la franchise Dabang Mumbai se sont mis en contact avec moi et dans les quinze premiers jours de décembre ils me donnent leur accord. Le feeling est très bon. L’aventure peut commencer.

 

L’intégration et la cohésion du groupe doivent se faire rapidement pour une compétition d’une durée d’un mois... comment s’est passé ton accueil et les 1er jours avec l’équipe? Et qui t’entourent ?

La compétition s’étale cette saison du 18 janvier au 21 février pour la finale.
Pour se préparer les équipes se retrouvent en amont de leur premier match pour un camp d’entraînement. Pour ce qui est de mon équipe le rendez-vous était fixé le 7 janvier à Bombay. Tous le staff et les joueurs indiens sont présents dès le début. L’arrivée des joueurs étrangers s’étale ensuite sur une semaine du fait de stages avec leurs sélections nationales en vue des JO de Rio l’été prochain. Des stages d’évaluations physiques principalement.
Les 10 premiers jours sont donc consacrés à faire travailler ensemble des joueurs qui vont constituer la nouvelle équipe Dabang Mumbai sur cette saison. Seul 4 joueurs ont été conservés de la saison 2015 d’où l’importance des entraînements afin de créer des liens et des repères communs dans le groupe pour construire une équipe de 20 joueurs. L’équipe est constituée de 12 joueurs indiens, 8 joueurs étrangers, un entraîneur principal australien (Jay STACY), un entraîneur assistant néo-zélandais (Greg NICOL), un entraîneur des Gardiens de But, un manager, un kiné, un masseur, un mentor et moi-même. 10 jours n’étaient pas de trop pour rassembler autour d’un projet commun un groupe rassemblant tant de différences. La principale étant bien sûr la langue car les joueurs indiens ne maîtrisent pas trop la langue anglaise. Tous les échanges en groupe sont traduits par un joueurs en indies. Je dois aussi reconnaître que le passage au 100% anglais n’a pas été facile.
L’accueil des indiens est excellent et les relations avec le staff dès le début très encourageantes. Avec un peu de recul je peux dire que nous sommes à Bombay dans les meilleures conditions possibles. L’hôtel est fabuleux avec vue sur la baie, le stade à 500 mètres, les conditions météos idéales avec 30 degrés ensoleillé en journée.
Notre envie commune de performer pendant la compétition et notre passion pour le hockey font que nous nous comprenons très vite. C’est partie.

 

Rentrons dans le vif du sujet, qu’attendait-on de toi ? Et quelles sont tes motivations, en lien avec les enjeux pour la franchise ?

Ma mission au sein de l’équipe est de prendre en charge tout le domaine vidéo pour l’équipe afin de contribuer à la construction de la performance. Je filme les entraînements, les matchs, les découpent, produit des rapports statistiques, sur notre équipe et les équipes adverses. Ma mission avec l’équipe de France est identique. Ce travail se fait en relation avec les entraineurs, pour les entraineurs et les joueurs, avec un objectif, la recherche de la performance, faire correspondre les attentes avec la réalité dans le jeu.
On me fait confiance et suis libre de développer de nouveaux outils, de développer ma compétence dans mon domaine.
Je suis très motivé par cette mission dans un domaine que je semble maîtriser et déterminer à m’enrichir de chaque moment passé au sein de cette structure professionnelle. Mes objectifs sont donc de me perfectionner dans mon domaine, mais aussi développer ma connaissance du haut-niveau à travers des approches d’entraîneurs différentes et au contact des meilleurs joueurs.
Les attentes de la franchise sont les résultats. Tout est mis en oeuvre pour que leurs investissements importants puissent recevoir en retour des résultats positifs sur le terrain.

 

Question posée par le DTN Bertrand Reynaud : as-tu un rôle autre que l’image (avis, annonce en match, PC etc...) ?

Mon rôle à travers l’image et les chiffres est de donner de la matière aux entraîneurs qui prennent les décisions. Il est évident que partageant ma vie avec les entraineurs, ma chambre avec l'un d’entre-eux, les échanges sont nombreux et je donne bien sûr mon avis en permanence. L’entraîneur décide au final ce qui est normal. Mon rôle est de renforcer le message des entraineurs auprès des joueurs mais aussi de permettre aux joueurs d’avoir un retour sur leur performance. Les images que je leur fourni sont un support et il est donc fréquent que je sois amené à travailler en direct avec les joueurs.

Dès le début je me suis porté volontaire pour participer à toutes les séances supplémentaires avec les Gardiens de But. Travail en collaboration avec Greg, l’assistant coach et Edgar, l’entraîneur indien des gardiens de but. Ce sont des moments complémentaires me permettant de développer ma connaissance dans le domaine de l’entraînement spécifique au poste.

Enfin mon rôle est en relation avec le manager de faire en sorte que toutes les conditions soient réunies pour que dans les hôtels les réunions de travail en équipe se passent dans des conditions optimales.

 

Quelle est ton analyse sur les méthodes de travail, en insistant sur les différences avec ce que tu vis dans ta mission avec les bleus ?

En arrivant ici, la découverte de méthodes de travail différentes de ce que je peux connaitre avec les bleus constituait l’élément le plus motivant pour moi. 
Ce qu’il faut savoir concernant la constition des équipes. Une « Auction » ou vente aux enchères rassemblant tous les joueurs ayant été intégrés à une liste de joueurs éligibles. Les franchises en relations avec leurs entraineurs achètent ainsi leurs joueurs pour constituer leur équipe. Cette saison les salaires des joueurs de mon équipe vont de 2500 $ à 95000 $ pour Florian FUCHS (GER).

L’ensemble des choix de joueurs de cette équipe pour cette saison on été validé par Valentin Altenberg, coach de l’équipe en 2015. Ce dernier ayant été nommé à la tête de l’équipe d’Allemagne Hommes a du se désister en dernière minute auprès de la franchise. Jay STACY a donc été nommé sans avoir participé aux choix des joueurs de son équipe.

Ceci étant dit, abordons maintenant les méthodes de travail :
- Entraînements terrain : 1 à deux fois par jour en fonction du calendrier.
Entraînements filmés faisant l’objet d’un débriefing vidéo pour préciser les attentes, renforcer les attitudes positives et ajuster ce qui doit évoluer.
- Contenus basés principalement sur le jeu près du but avec bcp d’intensité : Jeu sans défenseur puis avec défenseur à 3 contre 2 ou 3 contre 3. Les joueurs jouent le plus souvent actions consécutives (3 balles)
- Débriefing video de certains entraînements, surtout au début, préparation des matchs avec supports vidéo, debriefs de matchs, bref un fonctionnement comparable à celui d’une sélection nationale.

Le niveau d’exigence est élevé, ceci renforcé par le fait d’évoluer dans une structure professionnelle avec 20 joueurs. Nécessité de travailler dur à l’entraînent pour gagner du temps de jeu en match couplé à la nécessité pour les joueurs de montrer à leurs employeurs qu’ils ont eu raison de les choisir dans leur équipe.
En cette année olympique tous les joueurs ont encore, à travers leur performance dans cette compétition, l’occasion de montrer à leurs sélectionneurs nationaux leur niveau (U21 et A).

 

Et nos bleus, penses-tu qu’ils auraient une place ?

Cette compétition est d’un niveau très relevé mais en France nous avons d’excellents joueurs. Bien sûr que certains de nos joueurs ont leur place dans cette compétition. Mais les places sont chères. Seuls 8 joueurs étrangers autorisés dans chacune des 6 équipes cette année soit 48 joueurs ce qui est peu sachant que cette année les internationaux hollandais et belges ne sont par exemple pas présents. Je ne perd pas une occasion de parler de nos joueurs. Ils sont souvent déjà connus des entraîneurs.
L’an prochain une septième franchise devrait intégrer la compétition et donc ouvrir de nouvelles possibilités pour nos joueurs. Pour ce qui est de mon équipe, il est possible qu’il y ait des changements liés à des blessures mais tous les joueurs ont signé des contrat de deux ans. Les résultats de l’équipe en fin de saison détermineront la position des propriétaires de la franchise pour la saison prochaine. Cette année le premier joueur écossais et le premier joueur autrichien ont intégré une équipe, alors je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas nous attendre à ce qu’un de nos joueurs participe à cette belle compétition. Ça va arriver !!

 

Tu dois avoir des images de hockey plein la tête, peux-tu nous en extraire une en particulier qui t’a marqué ?

Une ça va être dur car c’est vrai j’ai pu vivre de nombreux moments très forts depuis mon arrivée ici.
J’en retiendrai donc 4 qui resteront pour moi gravés. Ils concernent des moments de terrain et d’autres moments liés à la vie du groupe.
Le premier sera le premier but de l’équipe dans la compétition à Bhubaneshwar contre les KALINGA LANCERS. Le stade est alors complet. C’était magnifique. Ca s’est passé juste devant moi et ce but de Florian Fuchs qui devait lancer notre campagne restera donc gravé.
Le deuxième moment de terrain sera notre première victoire. Après quatre défaites dans des matchs qui auraient pu basculer en notre faveur, dont deux match perdus à Bombay, nous recevons l’équipe des RANCHI RAYS, tenante du titre et leader au classement. Nous savons qu’après quatre revers nous n’avons pas d’autre choix que de remporter ce match pour lancer tant qu’il n’est pas trop tard notre chasse aux quatre premières places. En effet la compétition se joue en match allers-retours sur 10 journées qualifiant les quatre premiers pour les finales. Nous devions aussi satisfaire notre public et rassurer les propriétaires de la franchise. Bref nous étions au pied du mur. Le scénario su match est imprévisible. Un de nos joueurs est sanctionné d’un carton rouge pour suite à une simulation de Midelton à la 29’. L’équipe réalisera une deuxième mi-temps remarquable de courage et de solidarité pour remporter une victoire mérité au vue du travail de toute l’équipe depuis le début du mois de janvier.
Le troisième moment est notre victoire à Delhi dans un stade comble dans une grosse ambiance. Nous sommes menés 0-3 au début du quatrième quart-temps et là l’équipe se transcende en marquant quatre buts sur action de jeu synonyme d’une victoire finale 8-3. Encore un moment magnifique et inoubliable. Nous rejoignons la quatrième place au classement. L’équipe se renforce de ces matchs remportés dans la souffrance.
Le quatrième moment est un moment de vie de groupe. Comme vous le savez tous, David HARTE (IRL) a reçu la récompensé par la FIH de Gardien de But de l’année 2015. Cette récompense est mérité aux vues de ces performance avec son équipe nationale qui l’ont conduit à se qualifier pour les prochains JO. Je me suis retrouvé le lendemain matin de sa nomination à partager mon petit-déjeuner sur une petite table avec lui et Matthew SWANN. Un moment aussi banal que magnifique quand j’y repense d’autant que Matthew est surement un des joueurs en activité que j’apprécie le plus.

J’ai donc été un peu long, mais sachez qu’il a été très difficile pour moi de choisir quelques images où moments tant ils sont nombreux chaque jour.

 

2 mois dans le staff de Dabang Mumbai, quelle expérience retient-on ?

La rencontre approfondie avec un pays, son mode de vie, sa culture. La rencontre de nouvelle personnes. Deux mois à vivre ensemble permet de tisser des liens, de comprendre et apprécier les personnes qui nous entourent. Au contact de ces personnes d’horizons différents on apprend et on s’enrichit en tant qu’être humain. Au contact d’entraineurs et de joueurs de ce niveau on développe ses compétences professionnelles.
Au cœur d’une compétition où le hockey est mis en avant dans toute sa beauté notre passion ne peut que se renforcer, notre motivation pour que notre sport jouisse de plus de reconnaissance en France en sort grandit.

Bref c’est une expérience magique, un booster professionnel et personnel. Je remercie encore tout ceux qui m’ont fait confiance et permis de vivre cette expérience.

 

Propos recueillis par Aurélie MORIN 

 

 

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